Pourquoi l’assemblée de l’agglomération a-t-elle voté le 23 avril 2014 une augmentation de la taxe d’habitation de 6% ?

La question sera posée avec insistance s’il le faut. Les augmentations d’impôts ne devraient intervenir qu’en dernier lieu quand il n’existe plus de possibilité de faire autrement. En dernière extrémité.

C’est pourtant l’inverse que vient de faire l’agglomération. On ne peut en attendre moins lorsque l’on sait qu’elle est dirigée par un maire socialiste qui s’appuie sur tout un appareil administratif lui aussi socialiste, qui égrène des discours socialistes, a des réflexes socialistes, et en impose à tous, y compris à ceux qui ne sont pas encore socialistes.

On espérait pourtant que les autres conseillers de l’agglomération réagiraient et qu’ils s’opposeraient à une augmentation de 6 % de la taxe d’habitation. Eh bien non. Ils ont tous voté comme un seul homme, ou comme une seule femme, l’augmentation, sauf Louis Mermet, Caroline Duret-Nasr, Salah Benatia, Emilie Rey qui avait donné son pouvoir à Caroline Duret-Nasr.

En quelle extrémité les autres se trouvaient-ils ?

La réponse est : aucune.

Le plus extraordinaire réside dans les motivations qui ont été affichées pour voter cette augmentation.

On devrait se pincer : l’argument avancé est qu’il fallait cela pour que les Suisses, l’Etat, la région, nous prennent au sérieux. On ne rêve pas : cela a été dit. C’est le président de l’agglomération qui l’a dit : le maire socialiste d’Annemasse.

« Pour rester crédible aux yeux de ses partenaires et continuer à bénéficier de leurs financements complémentaires pour la réalisation des grands investissements (tramway,  BHNS, etc), il est indispensable que l’Agglomération maintienne un équilibre budgétaire et une fiscalité maitrisée » lit-on dans le PV de la séance.

On n’en attendait pas moins de lui. Mais des autres ? Silence dans leurs rangs. Quatre conseillers seulement avec Louis Mermet qui a fait observer que ce qui était invoqué pour justifier une telle mesure n’avait aucun sens.

C’est alors qu’un autre argument a surgi : on allait rechercher des économies. Le même conseiller a fait observer qu’il valait mieux commencer par les économies plutôt que commencer par la dépense puis rechercher les économies.

Il n’a pas été entendu, sauf par, Caroline Duret-Nafre, Salah Benattia, qui ont partagé sa juste protestation.

Ce processus est scandaleux, et je pèse mes mots. Même si ne sont en jeu que quelques dizaine d’euros par habitant. Un rien, mais ajouté aux autres riens, dans un rabotage continu, on arrive à l’os.

Ce processus relève d’un discours absolument inepte. Je pèse encore mes mots. Mais ce processus est révélateur de la folie qui s’est emparée à la faveur de la décentralisation de tous les échelons de l’administration territoriale. Tout se passe comme si les élus de tout poil n’avaient comme seul objectif que de gonfler leur ego par la croissance des budgets. Logique infantile, logique abrutie.  Je dépense donc je suis. Un désastre. L’imbécillité profonde, la débilité absolue de ces comportements calamiteux ruinent le pays et n’épargnent pas notre petit territoire.

Mais le scandale n’est pas uniquement dans l’irrationalité profonde de ces absurdités.

Le scandale est dans le déni de démocratie que ces attitudes démontrent. On vole l’argent du contribuable, sans que jamais aucune poursuite ne soit évidemment imaginée contre ceux qui en décident, et par ce hold-up permanent on assèche toutes les capacités financières de la population, petit à petit une fois l’État, une fois la commune, maintenant l’agglomération, hier la région, avant-hier le département, demain n’importe quel roitelet d’arrière pays.

Jamais aucun citoyen n’est consulté sur ce point capital qui est l’engagement de nouvelles dépenses financées par de nouveaux impôts.

Toutes les oligarchies locales éructent des impôts comme en proie à une frénésie de psychotique. En prime elles s’imaginent justifiées par la considération de l’intérêt général, qu’elles seraient seules en capacité d’incarner. C’est minable.

Jamais aucun citoyen n’est consulté, et pour cause, parce que tout le monde sait comment il voterait. A commencer par les roitelets qui attendent courageusement le lendemain de l’élection, en oubliant les promesses de campagne, pour augmenter les impôts.

Il existe une possibilité réellement démocratique : le référendum.  Mais de cela bien évidemment ceux qui décident des augmentations permanentes ne veulent surtout pas. Ils veulent rester maître de leur gaspillage mortifère dissimulé sous un discours auto-justificateur à base de novlangue, et donc de mensonge. Le pire est que le discours tenu est celui de la rigueur alors que la réalité est au contraire celle du laxisme.

Jamais d’ailleurs ils ne reconnaîtront qu’il s’agit de gaspillage. Ils ont toujours d’excellentes raisons, une fois c’est le tram, une autre le bus à haut niveau de service, une fois encore la construction d’un splendide bâtiment pour les abriter, ou bien comme ce coup-ci, pour «rester crédible», argument imbécile. Le seul moment où ils commencent à tousser est celui du vote de leurs indemnités. Il faut alors assister au spectacle de leurs contorsions.

On se leurre en pensant que l’abstention procèderait du sentiment du « tous pourris ». Le thème du médiocre article que la majorité municipale publie dans le Jim de cet été. C’est commode de le penser, mais ce n’est pas cela. La réalité est que les citoyens ont le sentiment que leur opinion ne compte pas, ne compte jamais, et cela c’est vrai et leur révolte est juste.

Les augmentations se suivent, les gaspillages prolifèrent et sont justifiés par le besoin d’investissement. L’investissement est la bouée de secours de la logique de gribouille qui inspire le discours scandaleux qui a été tenu. J’augmente les impôts parce que « c’est nécessaire pour que les partenaires nous prennent au sérieux dans le financement des infrastructures ».

Mieux vaut se calmer.