Retour sur le social.

À Annemasse, chacun le sait aussi, la majorité municipale, qui ne se confond pas avec la majorité présidentielle, remporte depuis plus de trente ans les élections. Une telle constance interdit d’expliquer le résultat uniquement parce que « les électeurs se sont trompés ». Ils peuvent se tromper une fois, voire deux fois, mais pas sept fois de suite. Sinon il faudrait changer, non pas de majorité, mais d’électorat…. Ce qui n’est pas le plus raisonnable. On pourrait aussi ajouter qu’il faudrait changer d’opposition, mais là ce serait encore plus exagéré.

Il faut donc en convenir. La gauche sert à chaque élection de bons arguments qui conduisent à sa réélection. On peut les énumérer : le social d’abord, ensuite le social, enfin le social.

Et c’est sur ce plan que nous, les opposants, sommes à chaque fois pris en défaut. Nous sommes perçus à chaque élection comme voulant mettre à bas tout l’édifice « social » auquel les électeurs, dans leur majorité, tiennent.

La majorité qui va voter, pas l’autre qui va à la pêche, au ski, à la résidence secondaire, ailleurs bref. Celle que nous ne parvenons pas à mobiliser.

Nous ne savons pas expliquer, aux électeurs, que le « social » aujourd’hui est principalement une fonction du département, que le financement vient de l’État, et que dès lors, l’élection en elle-même ne change rien. Nous ne savons pas non plus expliquer que notre intention a toujours été de conserver la dimension de solidarité de la vie locale.

Alors au fait, quelle est notre vision du social ? Et d’abord existe t’il une vision que nous partageons entre les différentes composantes du camp politique de la droite Annemassienne ?

La réponse simple est oui. Nous partageons un certain nombre de principes.  Plutôt que de principes, il vaudrait mieux d’ailleurs parler de « réflexes ».

Le premier est que toutes tendances confondues nous sommes réellement en faveur des mécanismes de solidarité. Il y a en réalité un large consensus dans l’opinion de notre pays sur ce point. En témoignent toutes les élections, et leurs suites : les lois. Car trouvez donc un point fondamental de rupture législative entre la droite et la gauche ? Il n’y en a pas. Sauf si l’on veut caricaturer les positions des uns et des autres, le plus souvent à un usage électoral immédiat, la réalité est celle du consensus national et non celle d’une profonde divergence.

Le second principe/réflexe en tout cas au niveau local, est que nous nous rejoignons pour penser que la solidarité ne doit pas être entendue comme un simple flux, mais comme un double flux. Et c’est peut-être là notre vraie divergence avec la majorité municipale. Double flux, c’est-à-dire qu’aucun effort ne doit être à sens unique et qu’il faut réinscrire l’échange au cœur du processus.

Mais alors qu’attendre de ceux qui reçoivent ? Que doivent-ils donner en retour ? La réponse est : pour l’instant rien, car il n’existe aucune institution,  aucun mécanisme qui permette un tel retour. Mais demain, c’est à tous de l’inventer. Car les besoins sociaux sont innombrables, que ce soit la sécurité à la sortie des écoles pour régler la circulation, qui pourrait fort bien être assurée par d’autres personnes que des policiers municipaux, jusqu’à la collecte de divers biens pour le service des plus pauvres, en passant par des tâches de secrétariat d’associations ou de tout autres instances intervenantes dans le social. Les besoins sont immenses et l’apport de chacun peut être immensément utile.

Cette idée d’échange pourrait être au cœur d’un nouveau dispositif social à organiser au niveau local.

Il faut ajouter un bémol à la proposition d’échange. C’est celui de la dignité des personnes concernées. Car nous sommes confortablement installés dans nos positions sociales, intégrées, stables, et nous devons dès lors comprendre les sentiments de ceux qui souffrent souvent d’une réelle humiliation. Être aidé, ou « assisté », cela peut être dégradant, donc cela se cache. Or la solution de l’échange éclaire d’un coup de projecteur la personne en cette situation délicate. D’anonyme et d’invisible elle devient dénommée et visible. C’est une difficulté réelle à la mise en pratique de solutions de solidarité interactive. Il faut donc pouvoir veiller dans l’instauration des nouveaux mécanismes à inventer à cette dimension nécessaire de la dignité.