Chaque élection est aussi une illusion. On se réveille le matin d’après plein d’amertume, ou de joie, selon son camp. Puis comme la brume matinale, le vent parfois mauvais de la réalité dissipe les mirages.

À l’échelle d’une commune, rien ne doit être exagéré, sauf bien entendu dans les cas encore marginaux de la submersion insoumise des territoires perdus de la république. Mais ici, à Annemasse, ici, à Ambilly, Ville-la-Grand, Saint-Cergues, Gaillard, Etrembières, ici, dans le faux genevois haut-savoyard, la révolution est limitée.

Des conseils municipaux renouvelés ou changés vont succéder aux anciens, et poursuivre les promesses d’amélioration du logement, du transport, de l’école, du parascolaire (ça, c’est vraiment important), etc. Et échouer au bout du compte, dans la grisaille des réalisations imparfaites.

Mais il faut aimer cette grisaille, ces imperfections, ces lendemains qui sont moins éclatants que leur promesse, parce que c’est la réalité, la vie, la chair, non pas sans lumière, mais sans l’éclat des chimères. La vie qui se poursuit, dans la médiocrité, le possible, loin des lendemains qui chantent.

Dans l’ombre, toutes ces volontés, bonnes ou mauvaises, plus souvent bonnes que mauvaises, vont poursuivre leur labeur. Elles dépenseront, elles taxeront, elles s’épuiseront à colmater les brèches qu’elles ne manqueront pas de créer. Tout ça pour ça, pour livrer à coup de millions, la passerelle inutile et bientôt rouillée du Juvéna, ou d’autres réalisations du même ordre.

Et vous allez voir, dans six ans, que le contribuable de base, après avoir reçu sa dernière taxe foncière, son dernier avis d’imposition, d’un seul coup, rêvera encore d’un grand coup de balai, du nettoyage des écuries d’Augias, de cette utopie d’une gestion économe.

Qui ne viendra jamais.