La séance du jeudi 27 juin 2013 fut longue et marquée par un incident

Tout ce qui était attendu est survenu. Les subventions ont toutes été votées. Une conseillère listée dans l’opposition a félicité le maire, ses services, et la police municipale pour la journée portes ouvertes qui lui avait été réservée.

Une juste intervention de Louis Mermet sur les parkings prévus autour de la gare mérite réflexion.

Toujours sous la forme de l’autosatisfaction, le maire a exposé qu’il y aurait 150 parkings dans la nouvelle configuration de la gare. Louis Mermet a remarqué que c’était très peu, et il a pris l’exemple de Bellegarde où les 220 places actuelles sont insuffisantes. La réponse, et c’est ce qui mérite réflexion, a consisté à dire : on a fait des études, et on s’en rapporte à la sagesse des spécialistes. Ce qui n’a pas satisfait Louis Mermet qui a observé que quelles que soient les études réalisées, le bon sens commandait manifestement de prévoir plus de places de parking autour de la nouvelle gare.

L’invraisemblable réponse que des spécialistes et des études montraient que ce qui était prévu était suffisant, est intéressante et illustre le mécanisme de la décision politique locale en France.

Le politique s’abrite derrière le spécialiste. Mais c’est justement cela qui conduit à des catastrophes. Parce que le spécialiste en réalité trouve ce qu’il cherche, ce qui est banal à dire, et il ne cherche que ce que son idéologie lui dicte de trouver. Dans la France contemporaine, les spécialistes avancent armés de certitudes : la voiture individuelle est le mal, les transports en commun sont un bien. Il faut les favoriser et brimer l’automobiliste.

Sur la problématique du nombre des places nécessaires autour de la gare, et pour son usage, les spécialistes minimisent consciemment, c’est-à-dire sciemment, ou inconsciemment, c’est à dire connement, le rôle de l’automobile. Mais c’est une erreur. Pour bénéficier du train, TGV ou des trains régionaux, il faut pouvoir se rendre à la gare. Cela doit être facile, et il faut pouvoir trouver un stationnement de durée moyenne (une journée ou plus) dans l’espace de la gare. Sinon l’échange ne fonctionne pas. Or, 150 parkings c’est manifestement insuffisant, quelles que soient les études.

Ces justes observations de Louis Mermet ont arraché un commentaire condescendant de Robert Borel qui entre ses dents à dit tout à la fois que c’était démagogique et moche. D’où l’énervement de Louis Mermet qui lui a répliqué qu’il n’avait aucune qualité pour donner des leçons à quiconque. Il avait raison.

Au-delà de l’énervement, justifié, ce qui est en jeu c’est le système de gouvernance locale. La conclusion est simple. Les spécialistes ne détiennent aucune vérité, et surtout pas le bon sens.

Séance du conseil municipal du 27 juin 2013

Ce sera sans doute calme :

Il y aura même une subvention pour des syndicats. Le plus amusant c’est la motivation : «Considérant l’action conduite par les organisations syndicales sur le territoire de la commune d’Annemasse au travers d’activités présentant un intérêt local, il est proposé au conseil municipal de verser le montant des subventions ci-dessous :». = je me paye votre tronche bandes d’enfoirés de contribuables. Amen.

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Dossier de la séance du conseil municipal du 27 juin 2013


Où l’on reparle des frontaliers, des sous, et des dessous de la politique.

C’est maintenant devenu un enjeu électoral. Le vote frontalier, aucune formation n’a envie de se l’aliéner, même s’il reste faible en volume. Le souci premier à l’égard des frontaliers est de les encourager à voter, et ça ce n’est pas gagné. Mais une fois cette étape franchie les 60 000 frontaliers de Haute-Savoie, les 8000 d’Annemasse, s’ils votent, voteront d’abord pour la sauvegarde de leur intérêt. D’où les revirements qu’on observe dans les rangs des formations qui leur sont le plus hostiles, à commencer par le Parti Socialiste.

Mathelier, le chef départemental des roses, est monté récemment à Paris pour alerter les autorités de l’État sur le problème majeur de l’assurance maladie des frontaliers. Les socialistes retournent leur veste sur cette question, de peur d’en prendre une magistrale aux prochaines élections locales. Et c’est tant mieux. À la limite ce qui compte avant tout, c’est qu’une solution pragmatique soit trouvée pour régler la difficulté. Le mieux serait de ne rien changer à la situation actuelle qui permet aux frontaliers de s’assurer en maladie et accident auprès d’assureurs privés. Ce qui leur coûte moins cher que s’ils devaient être enrégimentés dans la Sécu française et payer des cotisations bien plus élevées, et proportionnelles à leurs revenus. L’enjeu est simple. Il faut espérer que la rationalité économique l’emportera sur l’idéologie.

L’idéologie, celle des socialistes justement, commande de passer tout le monde à la moulinette de la CMU, de sorte que la pompe à fric de l’inefficace sécurité sociale française puisse se refaire la cerise l’espace d’un week-end (ça n’apportera qu’une bouffée d’oxygène dans l’océan du gaspillage) en grappillant quelques sous dans la poche des frontaliers, tous «riches». Un bonheur pour les socialistes d’exterminer la vermine des «riches». La notion de riche dans l’imaginaire socialiste n’est pas fonction uniquement des revenus, mais aussi du statut. Par exemple un fonctionnaire, par définition, n’est jamais riche. L’opprobre ne peut être réservé qu’au secteur privé. Les frontaliers sont d’abord des suppôts du Satan libéral installé de l’autre côté de la frontière, avant même d’être des électeurs.

Reste donc que l’interdiction faite aux frontaliers de rester affiliés au delà de 2014 aux assurances maladie privées, moins chères que la Sécu française gérée à la mode du gaspillage généralisé par des cohortes syndiquées et inefficaces, si elle devait être maintenue, serait d’abord une catastrophe économique, tant pour eux que pour le reste de la région. Le plongeon économique allumera l’incendie électoral dans notre petit secteur. Et de ça les socialistes viennent de prendre conscience.

Il faut donc se féliciter que M Mathelier courre à Matignon, à Bercy, à Ploudemec. Fasse le ciel qu’il soit entendu, que les frontaliers soient entendus.

Un peu d’énervement ne fait jamais mal.

Soit le réseau de la fibre optique à Annemasse.

Tout d’abord, une donnée. 40 % de la ville est d’ores et déjà équipée des fourreaux qui peuvent recevoir la fibre. Il ne reste donc qu’à la déployer. Ces fourreaux ont été installés par Numéricable qui devait poursuivre le programme pour la télé, mais a abandonné devant la concurrence des paraboles et des services des opérateurs ADSL.

À partir de ce point se sont succédé deux évènements.

Dans un premier temps le déploiement a finalement été confié à un syndicat départemental le Syane. Le Syane était sur le point d’opérer les raccordements à Annemasse, quand l’État s’en est mêlé et au détour d’un grand emprunt a confié les réseaux fibre dans les grandes villes, à…Orange.

Le choix d’Orange pour se substituer au Syane est un pur scandale.

La conséquence du scandale est que les usagers d’Annemasse, par exemple, ne seront pas desservis avant…2015 ? Allez, on ouvre les paris..En 2015 il y a peu de chance que ce soit réalisé. 2016, 2017 ? Voire plus si affinités ?

Mais même si tout était fait en 2015 le scandale resterait énorme. Pour l’expliquer, pour expliquer cette technique du monopole et du passe-droit institutionnalisé, pour expliquer cette misère à la soviétique, il faut rechercher la logique sous-jacente.

Le modèle en est donné par ce qui s’est produit pour le téléphone mobile. En situation de monopole, puis de monopole partagé, Orange a imposé à ses abonnés des tarifs prohibitifs. Certains disaient qu’il s’était «gavé». Puis Free a débarqué qui a montré par contraste entre son tarif et celui d’Orange que les prix pouvaient être divisés par 3. D’où le sentiment, légitime, d’avoir été volé.

Et voilà que l’État a renouvelé l’indécente opération. Orange a son monopole, et le consommateur attendra. Surtout au-delà du consommateur, l’entreprise attendra. Misérable organisation de l’espace public dont la colonne vertébrale est en l’espèce l’idée de lucre à la petite semaine. C’est la quintessence de la logique du pseudo-service-public. Derrière l’apparente rationalité, se cache en fait le souffle misérable d’un esprit de gagne-petit.

Les dieux colbertistes de l’État, tous issus pourtant de la meilleure école, engoncés dans les prébendes et les gâteaux, n’ont pas encore compris l’économie moderne. La France risque d’en périr. Là aussi il faut détruire Carthage.

L’union des gauches peut-elle encore ganger les prochaines élections municipales à Annemasse ?

La réponse est oui.

Les gauches seront affaiblies. D’abord par l’exercice désastreux du pouvoir national depuis 2012. C’est la rançon du mensonge politique de l’élection. Au lieu du rêve d »être rasés gratis, les électeurs trompés se réveillent tondus dans la douleur !

Dans ce contexte d’affaiblissement des gauches, la problématique annemassienne présente toutefois plusieurs particularités.

D’abord celle de la durée. Plus de trente ans de monopole municipal peut générer un désir salutaire de renouveau, mais c’est un sentiment qui joue, s’il joue, à la marge, et peut aussi bien se retourner.

Un paramètre, purement politique, est le rattachement du maire à un parti. En 2008 lors de la campagne pour les élections municipales, le maire d’aujourd’hui avait prétendu n’appartenir à aucun parti. Dès le lendemain de l’élection, il a pris sa carte au PS pour être élu aux élections régionales sur la liste socialiste. Comme il avait également prétendu ne vouloir se consacrer qu’au seul mandat de maire et que voilà qu’il cumulait deux mandats également prenants, des esprits chagrins songèrent alors à le lui reprocher. Mais n’est-ce pas la marque suprême de l’habileté politique que de rouler les électeurs dans la farine de leur naïveté ?

Peut être, mais demain le maire ne pourra éviter son étiquette politique. Il sera socialiste, dans un temps où cette étiquette sera beaucoup moins porteuse, voire carrément calamiteuse. Un affaiblissement donc, mais qui ne peut commander seul sa défaite. D’autres facteurs jouent.

Un autre paramètre important est celui du changement graduel de la
composition sociologique de l’électorat. La société locale a changé, et
pour prendre l’exemple du nombre des frontaliers c’est une
dimension qui devra être prise en compte. Les frontaliers votent-ils à
gauche ou à droite ? Sans étude précise il est difficile de le dire,
mais la première question est de savoir s’ils votent, ce qui n’est pas
évident. L’impression est qu’ils sont relativement moins inscrits sur les listes, plus volontiers abstentionnistes que les autres. Ils sont plus de passage dans la ville où beaucoup ne veulent surtout pas rester.

En toute hypothèse il est très probable qu’ils se sentiront concernés par le mauvais coup porté à leur régime d’assurance maladie. Les frontaliers vont voir leur pouvoir d’achat amputé par le changement. Il est donc possible de s’attendre à une réaction de leur part. Encore un affaiblissement du maire et son équipe, mais pas non plus nécessairement un facteur décisif de défaite.

Le changement sociologique c’est aussi l’afflux de populations d’origine extraeuropéennes, dont on peut penser que les suffrages se portent massivement à gauche. Quelle est l’ampleur du mouvement ? Aucune étude n’existe sur ce point, à Annemasse comme ailleurs. Un électeur est par définition un citoyen, et en France contrairement à ce qui se fait aux États Unis par exemple, toute recherche d’une corrélation entre origine ethnique et comportement électoral est tabou. Ce qui existe ce sont des études électorales par bureau de vote. Mais dans ce prisme d’autres facteurs entrent nécessairement en concours. Donc on ne peut sur cette question que risquer des hypothèses. Cela étant, c’est une probable lame de fond pour le maire et son équipe.

Le premier parti en France en général et à Annemasse en particulier est
celui des abstentionnistes. Si l’on parvient à les mobiliser, vers qui
iront-ils ? Il est possible de parier qu’ils seront moins tentés par la
gauche que par les forces de droite. Encore un affaiblissement, mais qui ne sera peut-être pas décisif.

Mais en ce point surgit la problématique du Front National. Il se tenait très en retrait des élections locales, mais aujourd’hui il veut peser sur elles. Le FN prendra d’abord ses voix à la droite, puis dans une moindre mesure à la gauche. Le FN affaiblira la droite, sans profit véritable et immédiat pour lui, mais cela n’est peut être pas l’essentiel dans une stratégie de conquête du pouvoir. À Annemasse donc si le FN forme une liste, le résultat mécanique en sera une alliance objective avec le maire en place.

Au total il faut donc rester plutôt pessimiste sur les chances de battre la gauche à Annemasse. Mais pessimisme ne signifie pas capitulation. Au contraire, c’est une raison de plus pour mener une campagne énergique. Il faut détruire Carthage.