Comment faire l’union et avec qui ?

Cette question ne se posait pas il y a plusieurs années. De fait, les sensibilités qui s’expriment généralement par un vote en faveur de la droite de l’échiquier politique n’éprouvaient pas le besoin fondamental de se retrouver en dehors de brèves périodes électorales où la nécessité faisait loi, soit pour éviter une déroute, soit pour la victoire. D’éphémères coalitions naissaient le matin pour s’évanouir le soir. Les deux grandes familles de la droite, la famille centriste d’un côté, la famille gaulliste de l’autre, cohabitaient paisiblement le reste du temps, se querellaient à l’occasion, et se sentaient vaguement unies par une lutte commune contre la gauche, mais rarement allaient au-delà de ces relations quasi diplomatiques. Les projets communs n’existaient tout simplement pas, sauf au niveau du gouvernement où l’une des familles écrasait d’ailleurs l’autre, et naturellement du Parlement où les deux votaient les mêmes lois. Mais jamais la presse ne rapportait qu’elles s’asseyaient autour d’une même table pour discuter et réfléchir à des actions sur un plus long terme. Dans cette situation il n’est pas surprenant que la division l’ait souvent emporté sur l’union.

Cette situation à Annemasse conduisait à l’affrontement de deux listes plutôt qu’à leur union.

La page est tournée aujourd’hui. Les composantes essentielles de la droite parlementaire sont désormais unies et iront ensemble aux élections de 2014. Il faut mesurer ce que cette alliance constitue sur un plan politique local, mais aussi sur un plan politique national. Elle signifie tout d’abord qu’il n’y a pas d’adversaire dans ce camp politique. Il n’y a que des alliés, qui sont capables de dialoguer, d’échanger des idées, de bâtir des projets, d’analyser la situation politique et d’en tirer toutes les conséquences utiles.

Le futur se construit désormais dans la coopération et la transparence et s’oriente sur des choix fondamentaux arrêtés en commun dans l’intérêt de la ville d’Annemasse. Et dans l’intérêt aussi de son agglomération.

Reste politiquement à régler l’autre difficulté de la droite, celle de son extrême dont le poids relatif varie localement comme ailleurs au fil des scrutins. Cette fraction ne peut l’emporter seule dans la joute électorale. Elle ne peut non plus atteindre ici le second tour, en l’état des rapports de force actuels. Plutôt qu’une solitude stérile et improductive elle peut avoir la tentation de l’alliance. Aussi la question qui se posera sera celle d’un accord électoral avec elle, ou bien d’un refus de tout accord. Toutes les fractions de la droite parlementaire n’y sont pas prêtes, c’est un euphémisme. Ce qui signale la difficulté. Mais une difficulté n’est pas une impossibilité. Il vaut mieux être réaliste et ajouter qu’en l’état de la situation politique ce n’est pas encore envisageable, mais se souvenir que la situation peut changer. Quel est le critère ? Simplement celui du républicanisme et des valeurs associées, notamment toutes celles qui fondent l’humanisme moderne. L’attachement viscéral à ces valeurs interdit à jamais de les brader. Ce n’est donc pas du recul de ces valeurs que peut venir la solution d’un rapprochement. C’est au contraire par leur partage que se constituera un possible trait d’union, et par leur rejet l’aventure.