Impossible de ne pas réagir à un égorgement

L’envie est forte de crier vive l’amalgame! Quand on est confronté, non pas à la guerre, mais à la haine, il faut en tirer toutes les conséquences. La société du «vivre ensemble», de la diversité-qui-nous-enrichit, façon plus belle la vie, la société du lien social façon gauche bien pensante, se heurte à la dure réalité de la haine, et du mépris. Très bien. Une page est donc tournée dans l’évolution des sociétés occidentales.

Mais ce n’est pas une raison pour abandonner en chemin toutes nos illusions. L’illusion par exemple de la bonté intrinsèque de la nature humaine. Cette illusion est nécessaire, tout comme les libertés nous sont nécessaires. Et justement, parlons-en des libertés. Des voix s’élèvent pour demander leur suspension. Ce serait une funeste erreur. La société française, et plus généralement la société européenne, est confrontée non pas à une guerre, mais à une vague criminelle. La réponse c’est la police, c’est la justice, c’est la sévérité des juges qu’il faut espérer. Mais ce ne peut être l’abrogation de nos libertés.

Chablais-Arnaque

Par ces temps de canicule qui disparaîtront bientôt sous les brumes automnales, les pluies et les neiges hivernales, il est possible de s’interroger sur notre formidable capacité d’oubli, noyée dans le temps qui passe.

Il y a quelques années un grand projet de rénovation urbaine voyait le jour à Annemasse. Il s’agissait de réaliser une éco quartier, doté d’une tour qualifiée de « signal », montant presque jusqu’au ciel dans son habit de verre. Les façades de tous les autres immeubles devaient verdoyer, une première à Annemasse. Des façades végétales, c’était somptueux. On a oublié ça.

Bien entendu le projet était présenté, diffusé, avec ces merveilleuses images. C’est d’ailleurs sur cette base que le conseil municipal devait concéder l’aménagement de la ZAC à son promoteur actuel. On a oublié ça.

Puis, les ans passèrent, par petites touches successives, la verdure en façade était remplacée par des matériaux moins exigeants, la tour commençait par migrer avant de disparaître de la scène, et divers modificatifs aux permis de construire furent acceptés.

Ce qui avait été initialement promis ne sera jamais réalisé. Ce sur quoi le conseil municipal avait voté s’est perdu en chemin.

Peut-on croire aux promesses électorales ? C’est difficile. Comment croire aux promesses des promoteurs ? C’est aussi difficile. Le malheur dans cette affaire est le discrédit qui frappe la parole publique. Partant, comment s’étonner de la montée irrésistible de l’abstention, élection après élection ?

Chablais – gare, qui devint Chablais – ParK (écrit avec un K pour faire plus chic pour les abrutis) pourrait-être rebaptisé Chablais – « Arnaque », le symbole de la parole politique trompeuse. Oh! Ce n’est pas la parole du promoteur qui est en cause, lui est droit dans ses bottes, parfait dans sa fonction qui n’est pas de bâtir la ville, mais d’y déployer son activité dans l’intérêt tout d’abord de son porte-monnaie, ce qui est parfaitement légitime. La tromperie est dans la parole publique, la parole politique.

La réalisation de la ZAC va s’achever, avec quelques désordres dans les constructions, pas mal de procès en cours, une animation commerciale en panne même si ce n’est pas sans espoir.

Au mieux, c’est médiocre. Et dans tous les cas, très éloigné du rêve initial.

Qu’est-ce que la guerre ?

Pour Clausewitz, c’est la continuation de la politique par d’autres moyens. Le terrorisme est-il une guerre? Oui, sans doute au sens de l’utilisation de la violence, avec cette particularité que dans cette situation il n’y a pas d’État qui en soit l’instrument.

Mais il faut toujours raison garder et se méfier du piège des mots. Il y a guerre et guerre. Une différence est le nombre des morts. Pour relativiser la notion de guerre employée à tort et à travers, il faut se souvenir des chiffres de la Seconde Guerre mondiale.

Au total entre 42 millions et 52 millions de morts. Pour la seule URSS, plus de 20 millions, 26 selon les dernières estimations. Les communistes ayant menti sur l’étendue du désastre, comme ils mentent sur tout. L’Allemagne 8 millions. La France 567 600, 1,35% de sa population d’alors, plus que les États-Unis, plus que l’Angleterre.

Ces chiffres nous situent les termes de la comparaison. Nice, 84 morts. C’est 84 raisons de vomir l’idéologie qui a fomenté ce malheur. Mais nous sommes loin de vivre, heureusement, une situation de «guerre» au sens usuel du terme. 567 600 sur la durée de la Seconde guerre mondiale en France, c’est 331 morts par jour. 4 Nice par jour.

Restons forts pour écraser la vermine, et ne jamais lui permettre de livrer une guerre à grande échelle.