De la nécessaire place du juge dans le dispositif répressif

Une méthode radicale pour devenir impopulaire par les temps qui courent consiste à se montrer réticent devant le mouvement de restriction des libertés que les évènements récents et la montée des périls paraissent commander.

Il a fallu des décennies en France pour que les libertés concrètes, protégées par un ensemble de règles inspirées des droits de l’homme, se constituent. Au cœur du dispositif de contrôle est placé le juge qui lui même doit agir dans la transparence du débat contradictoire.

On ne mesure pas à quel point il a fallu de luttes pour parvenir à ce stade. Nos libertés nous sont essentielles.

Dans l’émotion du moment, il est en projet de limiter la portée de cet ensemble de règles qui plieraient devant l’impératif de la sécurité publique, confiée principalement aux forces de l’ordre, avec l’intervention inédite depuis des lustres du préfet.

Montesquieu peut se retourner dans sa tombe. Il est un principe aussi essentiel que l’air que nous respirons, celui de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir administratif ne doit jamais empiéter sur le pouvoir judiciaire. Ce n’est pas au préfet de décider si un suspect doit ou non être retenu pour vérification, c’est au juge.

On peut certes invoquer les nécessités d’une prompte exécution des mesures de sûreté, mais au temps d’internet et du téléphone, un juge peut parfaitement remplir avec la même célérité cette mission, et d’une manière générale il est par ses fonctions comme génétiquement programmé pour agir dans le respect des droits fondamentaux. Les préfets aussi, mais sans l’indépendance. D’où la préférence que l’on doit retenir pour le juge.

Si j’étais parlementaire, je ne voterais pas une telle mesure, au risque de mécontenter l’électeur et de le précipiter vers quelques abîmes politiques. Mais comme il faut croire au juge et à l’instituteur, il faut croire aussi en la force de persuasion à terme de l’idée de liberté.