Une honte, ma bonne dame,

Des petits hommes et de petites femmes en jaune fluo, critiquant la chaussée et « le travail de personnes pourtant très respectueuses professionnellement », c’est une honte. En plus je suis sûr qu’elles sont soucieuses du «vivre ensemble» comme toute votre équipe, débordantes sans doute de solidarité internationale, baignant dans le respect du maire et de ses adjoints. C’est vraiment une honte.

Ils n’ont même pas la pudeur de cacher leur pantalon de costume (sur mesure), ces cuistres. Les dames en jaune sauf une qui s’est distinguée en arborant de l’orange, portaient des jupes Chanel de la collection d’été 2015. Des bourges, moi je vous le dis, rien que des bourges.

Je vous comprends, ma bonne dame. Je m’associe à votre indignation. Juré que je ne mettrai plus jamais de gilet fluo sur mon costard Cardin sur mesure, j’ai trop d’égard pour vos maigres indemnités d’adjointe, qui ne vous permettent certainement pas de vous payer même un mouchoir sur mesure, surtout avec tout cet argent que vous donnez aux œuvres du maire et à la solidarité. Juré, je ne dirai plus rien sur les rues défoncées, et je vous demande pardon. Par contrition je ne mettrai plus qu’un costume signé Che Guevara, et je reprendrai mes pantalons pattes d’éléphant. Juré. Quant aux pétasses en jupe Chanel, je leur ferai arracher le prix qu’elles laissent benoîtement et ostensiblement dessus, juré. Elles ne mettront plus que des sacs H et M pour les prochaines manifs, ou comme vous des toilettes signées Emmaüs.

Heureusement que vous êtes là pour relever le débat, non c’est vrai. J’admire surtout le magnifique élan de votre cœur vers «le travail de personnes très respectueuses professionnellement». C’est tellement bien dit. Ce que je ne savais pas c’est que le bitume des rues n’était pas coulé par des entreprises capitalistes hideuses, mais par ces personnes très respectueuses professionnellement. En plus d’une prose superbe, affranchie du carcan des accords, je vous félicite pour sa richesse informative.

Merci. C’est chouette de discuter avec vous. Remarquez que la réponse est au niveau de votre attaque.