La hausse vertigineuse des dépenses de fonctionnement à Annemasse

La vertu est une denrée rare, et souvent invoquée à tort en matière budgétaire.

Brutalement l’évolution des dépenses de la ville se présente ainsi :

Année Dépenses de F
   
2005 30 948 023,00 €
2006 32 826 748,00 €
2007 34 640 921,00 €
2009 36 422 000,00 €
2011
37 154 000,00 €
2012 39 000 000,00 €
2013 40 879 000,00 €
2014 42 050 000,00 €
2015 42 456 313,00 €

Où l’on voit assez bien que la prétendue « maîtrise des dépenses» en raison d’un budget géré rigoureusement, ce qui est repris à chaque vote du budget à Annemasse, est en fait une illusion.

En dix ans tout juste l’augmentation des dépenses de fonctionnement atteint 11 508 290 €. Soit + 37 %.

Il ne faut pas oublier l’inflation. Le montant initial de 30 948 023,00 € s’il n’avait pas évolué au delà de l’inflation, représenterait en 2015 et en euros d’aujourd’hui 35 886 532 €, soit une augmentation de 16% nette d’inflation. Tel serait le résultat si les dépenses de fonctionnement étaient réellement maitrisées. Mais elles ne le sont pas puisqu’elles atteignent 42 456 313 € aujourd’hui, soit 37 % de plus qu’en 2005.  Il y a, inflation comprise,  4 908 509 € de différence. La rigueur est surtout dans le discours, mais assez peu dans les faits.

Et si vous estimez qu’augmenter de 37 % les dépenses de la ville correspond à une gesttion rigoureuse, même la médecine ne pourra rien pour vous.

 

You Are My Sunshine by Elizabeth Mitchell on Grooveshark

Retour sur la culture et le débat au conseil municipal du 19 mars 2015

Il y a une chose qui n’a pas été dite, et qui pourtant méritait de l’être, c’est que le maire d’Annemasse n’a aucun monopole culturel et que son goût n’a pas à s’imposer à tous.

Il assimile l’art moderne à la culture. Mais la culture, Dieu merci, ne se résume pas dans l’art contemporain, celui qu’il veut seul subventionner. Il existe aussi une culture classique, dans la littérature comme dans les arts plastiques ou la musique. Et qu’il ne vienne pas dire que la culture classique ne serait rien.

Il reste donc un point politique essentiel. Un maire et son équipe, qui ont de la culture une vision étroite, et des subventions une vision large, s’arrogent le droit de dicter à la ville ce qu’elle doit penser, voir, entendre.

Qu’ils aiment l’art contemporain, c’est leur affaire. Mais que l’offre culturelle se limite pour les arts plastiques aux expositions organisées par la Villa de Parc, sans aucun spectateur ou presque, si on excepte les scolaires, c’est injustifiable. D’autant qu’il en coûte 250 000 € par an, un peu moins certes, mais on peut arrondir. La villa du parc doit s’ouvrir nécessairement à d’autres formes d’art et ne pas rester renfermée sur elle même, sur le microcosme de ses thuriféraires, ou alors elle ne doit plus être subventionnée. Rien n’interdit d’ailleurs à la majorité municipale de consacrer toutes ses indemnités d’élus à la diffusion de l’art abstrait, mais de ça elle ne veut surtout pas, estimant que c’est au contribuable de payer pour ses caprices.

Non.

La CMU n’est pas si universelle que ça !

C’est du moins ce que soutient une association dont le site http://librefrontalier.com/ expose dans le détail toute la problématique de la confrontation des systèmes d’assurance maladie.  À la différence du groupement des frontaliers, dont le président avait été pressenti en son temps pour venir au conseil municipal d’Annemasse sur les bancs socialistes, ce qui démontre son engagement et l’orientation politique imprimée au groupement, cette association est partie en guerre contre la CMU et la sécurité sociale française.

Le sujet est délicat. Il l’est d’autant plus qu’au fond il s’agit de santé et du système de soins. Ce qui ne doit pas empêcher de réfléchir. Il faut examiner toutes les opinions. Celles de cette association sont très intéressantes. Mais non sans risque.

La question fondamentale qui se pose est de savoir quelle pourrait être la légitimité d’un retrait du système de la sécurité sociale tel qu’il existe. Certes il est onéreux, mais il est aussi l’une des voies de la solidarité intragénérationnelle. La question collective est donc toujours de savoir si en termes de coût/avantage, le régime français, à prestations identiques, coûte plus cher ou moins cher que les régimes soit privés soit publics qui existent à l’étranger. Je n’ai pas la réponse, du moins pas encore.

C’est pourquoi il faut poursuivre le débat, de la manière la plus démocratique possible.

 

Cela étant, l’État veille au grain. Une disposition du Code de la sécurité sociale doit être mentionnée. C’est en ce point qu’on peut effectivement penser que le régime en vigueur depuis 1945 manifeste une certaine inquiétude pour sa pérennité. Prenez connaissance des dispositions de cet article : L652-7

«Toute personne qui, par voie de fait, menaces ou manoeuvres concertées, a organisé ou tenté d’organiser le refus par les assujettis de se conformer aux prescriptions de la législation du présent livre, et notamment de s’affilier à un organisme de sécurité sociale, ou de payer les cotisations dues est punie d’un emprisonnement de deux ans et d’une amende de 30 000 euros.

Toute personne qui, par quelque moyen que ce soit, incite les assujettis à refuser de se conformer aux prescriptions de la législation du présent livre, et notamment de s’affilier à un organisme de sécurité sociale ou à ne pas payer les cotisations à un régime d’assurance obligatoire institué par le présent livre, est punie d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de 7 500 euros».

Depuis son entrée en vigueur, il ne semble pas qu’il y ait eu beaucoup de décisions ayant appliqué cet article. Il a fait l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité, mais la Cour de cassation ne l’a pas transmise au Conseil constitutionnel, en estimant qu’il s’agissait d’une question relevant de la «conventionnalité», c’est-à-dire de l’application des traités européens par le juge du fond. Il serait intéressant de connaître la position finale de la Cour européenne, lorsqu’elle sera saisie, mais peut-être est-ce déjà le cas. En tout cas, prudence, prudence.

Reste sur le fond et notamment pour les frontaliers, que la question de leur soumission (le mot est éloquent) au régime de la CMU avec les cotisations qui vont avec, est posée. C’est une question purement politique qui mérite que chacun s’en saisisse.

 À l’ouest, du nouveau

À l’ouest d’Annemasse, le premier tour des élections apporte quelques réponses aux questions qui se posaient du fait du soutien UDI au MODEM, au lieu de l’UMP.

L’UDI départementale, quoique ce choix n’ait pas fait l’unanimité tant s’en faut, soutenait le MODEM en la personne du maire de Saint-Julien qui se présentait sous l’étiquette «Union du Centre». Il s’agissait de miser sur le maire de Saint-Julien sans égard pour le président sortant du Conseil Général, lequel se présentait en force et en binôme avec l’excellente députée, Virginie Duby-Muller.

L’UDI départementale, du moins dans ses instances dirigeantes, s’était faite discrète sur l’affaire de la soustraction de l’agenda du M Monteil par son rival maire de St-Julien. Le fait était pourtant assez extraordinaire, à tel point d’ailleurs qu’une plainte aurait été déposée. (Tribune de Genève : http://www.tdg.ch/geneve/grand-geneve/bataille-monteil-vielliard-entraine-trois-plaintes/story/15556255). Mais sur ce comportement dont l’appréciation pénale relèvera du juge si le parquet devait poursuivre, le silence est quelque peu embarrassant. Comment accepter, si les faits sont bien établis, qu’au sein d’une institution comme un conseil général, un conseiller puisse s’emparer de l’agenda d’un de ses collègues, en l’espèce le président du conseil général, sans lui en demander la permission ? L’accepter officiellement est bien évidemment impossible puisqu’alors tout deviendrait permis, et que n’importe quel comportement éventuellement délinquant serait approuvé dans une logique fondée sur l’idée que la fin justifie tout moyen. Gare alors aux dommages collatéraux. Sans même aborder l’épineuse question subsidiaire, si un comportement de cette nature s’est produit envers un rival, alors son auteur ne s’impose réellement aucune limite, et il devient dès lors dangereux et toxique même pour ses amis politiques, qui auraient raison de craindre un coup de poignard dans le dos. D’où le silence, et on le comprend.

Pour être complet sur cette affaire il faut aussi relever que le maire de St-Julien a de son côté porté plainte contre le président du conseil général à qui il reproche l’utilisation des moyens publics à fin électorale. L’apocalypse est à notre porte.

Cet évènement n’a toutefois pas été au cœur des débats électoraux. Il n’y a d’ailleurs eu aucune sanction du maire de Saint-Julien par son électorat, ce qui démontre que ce dernier n’en a jamais été informé, parce que s’il l’avait été il est probable qu’il y aurait eu quelques réactions négatives. C’est donc uniquement projet contre projet que les électeurs ont choisi. Ce qui est le fait politique intéressant. Ils ont choisi le binôme Monteil et Duby-Muller, dans une proportion de 28,61 % dans la ville de St-Julien, contre 30,37 % pour le maire, ce qui dans sa commune ne peut constituer une victoire, et à raison de 42,74% pour Virginie Duby-Muller et Christian Monteil dans tout le canton contre 20,74 % pour le maire de St-Julien, ce qui marque sa relative défaite en terme de notoriété sur l’étendue de la circonscription.

Conclusion, le choix de l’UDI n’était pas nécessairement le meilleur. Toute la question est de savoir si un autre choix était possible. La réponse ne peut qu’être nuancée, car si l’alliance avec le MODEM et son président départemental maire de St-Julien reste questionnable dans le contexte actuel, hic et nunc, il existait pourtant des arguments en sa faveur pour l’avenir, et notamment pour le fameux «troisième tour» à l’heure du choix du président de l’assemblée départementale. Mais pas uniquement. Il y aura aussi les régionales et enfin 2017. Reste la question éthique. Peut-on faire alliance avec un piqueur d’agenda ? La réponse sera donnée par les choix du parti, devant lesquels il faudra s’incliner ou s’en aller.

Même les sardines doivent pouvoir être élues

Prenez une bonne sardine, bien huilée, propre sur elle, pourquoi ne serait-elle pas élue ? Son programme est simple : baigner. De fait elle gèrera nécessairement le département aussi bien que tous ces politiciens qui s’échinent à proposer des solutions pour le transport scolaire, les vieux, les collèges, les routes, toutes choses sans intérêt, même dans une élection départementale. La seule chose qui compte c’est que les égos de nos concitoyens puissent s’exprimer, qu’ils puissent dire tout le mépris que leur inspire ces tous-pourris, et enfin voter pour un binôme de sardines. Nager, baigner dans la grande bleue, chasser les requins, botter le cul des phoques, goûter au nirvana du degré zéro de la conscience (politique). Et faire au moins le tiers des voix. Sinon ce serait une discrimination stigmatisante. Vivement lundi prochain qu’on puisse se remettre de ce cauchemar.
 

Sur le plan de l’arnaque, les coups les plus tordus ne sont rien, vous entendez, rien à côté de la peinture abstraite.

Michel Audiard a signé cette belle formule. Il n’est pas le seul à le penser.

«Aujourd’hui ce souci de communiquer une émotion, une atmosphère, appartient au passé. L’art contemporain s’en moque, comme il se moque du beau et de la maîtrise technique. Ce qui compte c’est le nouveau, l’original. Il ne s’appuie pas sur la tradition ni sur l’apprentissage du métier. Il s’est débarrassé de toute référence au passé, s’est lavé de toute passion, de tout sentiment. Il s’est dépouillé de toute référence à une histoire et s’épanouit dans une joyeuse célébration exaltée de l’avant-garde. En plus des médias traditionnels (peinture, pastel, etc.) l’artiste contemporain utilise déchets, métal, plastique, objets divers et même des excréments (depuis Manzoni on peut parler d‘une « école merdique» . D’aucuns mettent tout l’art contemporain dans cette école). Ainsi les salons de l’art contemporain ne sont plus des expositions de peinture seule, mais d’objets de toute sorte. C’est le «postmodernisme», terme qui signifie une rupture, une mise en question, et qui prétend être un reflet de notre époque. Peut-on le qualifier d’art ?» (une opinion sur le site Agoravox).

Réponse: non.

C’est une gigantesque escroquerie. Même si certains «artistes» sont sincères, la plupart sont simplement des arnaqueurs. Mais comme ils ont conquis, et les médias et l’école, qui se prosternent devant la posture de ces démiurges modernes, de ces gens qui vous plantent une chaise au plafond, sans maîtriser la moindre technique, sans le moindre art, aucune critique ne peut plus être émise contre nos génies créateurs autoproclamés. Silence donc. Silence dans les rangs. L’étonnant est la timidité de la critique, terrassée avant même d’être exprimée.

Hier soir au conseil municipal cela a été le cas. Une présentation des activités de la villa du parc nous apprenait qu’il y avait eu en 2014, 5800 visites, dont 3500 en groupes, comprenant les classes des écoles primaires, dont les enfants n’ont d’autre choix que d’obéir aux ordres des instituteurs, approuvés par le maire d’Annemasse qui a justifié qu’on n’avait pas à leur demander leur avis. Cette fréquentation au total de 2300 visiteurs indépendants confine au néant. Mais le néant coûte 250 000 € par an au contribuable. Une paille.

Je dis ce que j’en pense vraiment. Je ne crois pas en la posture idéologique des promoteurs de l’art contemporain. Le maire a raison de dire que cela nous différencie. Lui est dans le discours et l’illusion. Je dis que le roi est nu, et je dis avec Audiard que la peinture abstraite est une escroquerie. Une imposture.

Le maire d’Annemasse a cru pouvoir tirer un avantage politique des réticences qu’il percevait chez Louis Mermet et moi même. Sur les réticences il a raison, sur l’avantage politique, il est naïf. Ce n’est pas parce qu’on dit que 2300 visiteurs c’est à pleurer, qu’on se jette ipso facto dans les bras du FN. Et d’ailleurs quand le FN dit qu’à midi il fait jour, ce n’est pas parce qu’il le dit qu’à midi il doit faire nuit. J’irai périr en enfer, mais je dirai aussi qu’à midi il fait jour. Et si c’était le Front de gauche qui le disait, je le dirais encore avec lui.

J’accepterais plus volontiers l’imposture de l’art contemporain si elle ne coûtait pas un centime de fonds publics, et si seul le marché s’occupait de valoriser les colonnes de Buren. Sinon je suis très réticent, et c’est un euphémisme.

C’est pourquoi il faut trouver au moins un compromis entre les idolâtres et les contempteurs. Que la Villa du Parc, haut lieu de la culture annemassienne étende ses activités à d’autres formes d’art que le seul art contemporain, ce qui augmentera probablement sa fréquentation aujourd’hui dérisoire, et la dépense publique sera mieux justifiée.

Sinon, vae artis.

La vraie question à propos de l’urbanisme

C’est bien évidemment celle de la densité, du moins ici, mais sans doute ailleurs aussi.

Jusqu’où aller en terme de densité ? Très loin et très haut. Ce qui est la réponse des urbanistes, des architectes, et par intoxication progressive, de tous les élus, qui finiront bien par convaincre leurs électeurs que cette course à la hauteur est la réponse universelle aux «besoins» dont la dictature n’est pas même remise en question. Plus haut, plus dense, plus con.

Au cœur de cette question, il y a l’impérialisme de la notion de besoin. Du lo-ge-ment, du lo-ge-ment, et des restos du cœur pour nourrir les bien ou mal-logés qui viennent s’agglutiner dans les catacombes de nos cités maudites. Un gigantesque trou noir urbain s’ébauche et annihile tout jusqu’aux atomes et à la lumière. Ce qui est perdu de vue dans ce processus délétère est la dimension modeste de l’homme, qui devrait être la mesure de toute chose. L’urbanisme actuel court à la catastrophe. Il est possible de construire la ville du futur autrement, surtout à l’heure de la multiplication des réseaux qui abolissent la distance. Il est possible d’adapter la ville à l’homme et non l’inverse, ce qui se produit nécessairement dans la soumission aux prétendus «besoins».

Je me calme, mais le cauchemar n’est pas loin. Votez dimanche, non pas sur cette question qui n’est pas posée, mais sur d’autres qui ont aussi leur importance. Votez, parce qu’il vous faut investir le champ politique par votre présence, de sorte qu’à la fin des temps, la politique prenne en considération votre existence.

Une campagne invisible: le courage des candidats UDI

La vie politique est ainsi faite que les campagnes se suivent, et se ressemblent rarement, même s’il y a toujours des points communs.

La campagne politique pour les élections départementales, nouvelle version, avec des candidats en binômes homme/femme, et avec des suppléants en binôme également, passionne si peu les foules qu’un sondage récent a montré que dans leur immense majorité les électeurs premièrement n’ont absolument pas compris la réforme et ignorent totalement les nouveaux mécanismes mis en place, et deuxièmement se désintéressent totalement des enjeux. On peut craindre dès lors deux écueils. Une abstention marquée, et un vote FN important, c’est-à-dire un vote national et non local, exactement le contraire de la question posée qui est purement locale.

Les réunions publiques des candidats ne font pas recette, et pourtant il y a des propositions intéressantes. Ainsi les candidats UDI, Gabriel Doublet et Christine Burki, posent une question fondamentale pour notre espace : réorienter les fonds frontaliers vers les investissements structurants absolument nécessaires. Ils visent tout ce qui touche au transport.

Les fonds frontaliers qui ont représenté 173 millions d’euros en 2014, sont versés au conseil général qui en gros les divise en deux, rétrocédant la moitié aux communes ayant des frontaliers, et se gardant l’autre moitié pour financer un rond-point à cent lieues de la frontière, mais avec un bénéfice politique évident pour le père Noël alias conseiller général, de la circonscription. Gabriel Doublet et Christine Burki ont raison, il faut que cela cesse, ce n’est pas ce à quoi ces fonds doivent être employés. Ils veulent les destiner uniquement aux équipements indispensables ici, sur la frontière, à commencer par les transports.

Ces deux candidats de l’UDI posent les bonnes questions. Il faut voir leur campagne. Sans moyens, dans la nuit, avec la seule flamme de leurs convictions comme moteur, et la noblesse de leur engagement politique comme viatique. Ils sont de l’énergie au service de tous.

Panne de la démocratie ou panne de la citoyenneté ?

Il ne fait plus de doute qu’on traverse depuis quelques années une bien curieuse situation. Alors que sur la planète des foules imenses aspirent à la démocratie, nos concitoyens boudent les urnes. Paradoxe de ventres pleins ? Ou bien signe d’une attente différente ? On peut répondre à la question en tentant de culpabiliser l’électeur, qui du reste s’en fiche pas mal. Les seuls culpabilisés sont les élus. Jamais les électeurs boudeurs. L’électeur ne les écoute même plus. Le débat ne sera pas tranché en quelques lignes.

Mais on peut dresser l’état des lieux. La revue Esprit a publié une très intéressante statistique. Sur les trente dernières années, la participation n’a cessé de baisser, quelles que soient les élections. De cela nous ne pouvons pas douter.

Reste à trouver les remèdes pour la démocratie locale.

Le problème évident est que les institutions ne sont plus adaptées aux temps nouveaux. Les temps de la mondialisation, les temps des réseaux. La démocratie locale s’insérait jusqu’alors dans un territoire. Les élus de tout bord aiment d’ailleurs énormément ce mot de territoire qu’ils mettent à toutes les sauces. En oubliant l’étymologie (fantaisiste) qui trouve en territoire la racine de «terreur», le territoire entendu comme espace de la terreur des caïds locaux. Mais le territoire a explosé, et avec lui la démocratie du sommeil opposée à celle de l’activité. Tous autant que nous sommes nous appartenons à des réseaux, universels, internationaux, nationaux, régionaux, thématiques, professionnels, et locaux.

La dictature des potentats locaux qui puisent leurs racines dans la démocratie du sommeil, là où les gens concrets résident, lel soir après le travail, perd sa légitimité. D’où le paradoxal désintérêt de nos concitoyens qui pourtant sont unanimes sur le désir de démocratie.I ls ne votent plus, tout simplement parce que les questions purement locales ne les intéressent plus.

Le remède, je le risque, et j’accepte la contradiction, me paraît simple : faire participer à la démocratie locale les usagers de l’espace.

Et si la ville devenait le seul promoteur sur l’espace qu’elle contrôle ?

Après tout il existe des arguments en faveur d’une socialisation municipale de la construction.

On peut imaginer que la commune achèterait les terrains dont elle aurait préalablement défini la constructibilité par le PLU, puis construirait en régie, vendrait ou louerait les logements. On peut encore imaginer qu’elle ait recours à des sociétés d’HLM. Plus aucun obstacle ne pourrait l’empêcher d’atteindre ses objectifs de politique sociale. Autre bénéfice elle se débarrasserait du «profit» du promoteur. Grâce à une politique avisée de constitution de réserve foncière, elle régulerait en plus le prix du foncier. Personne parmi les promoteurs privés ne viendrait la concurrencer. Imaginez un peu le promoteur qui s’y risquerait. Il se heurterait de plein fouet à la commune et demanderait un permis de construire. Refus, 5 ans de procédure administrative. Il n’est pas sûr qu’il puisse même trouver un vendeur désireux de patienter pour la réitération de la vente pendant autant d’années. Certes, il doit sans doute exister de tels candidats, mais ils ne sont certainement pas les plus nombreux.

Au bout du compte, la construction relèverait exclusivement de la commune. Les prix du foncier baisseraient, les entreprises de construction seraient communalisées, leurs prix seraient à leur tour soumis à l’arbitrage municipal. Le logement serait social par essence. La ville accoucherait de la mixité sociale aux forceps.

Le socialisme serait ainsi réalisé en partant par en bas, par la commune.

Cette utopie, pour l’instant c’est une vision utopique, gomme à peu près toutes les difficultés qui existent dès qu’on sort du marché. Elle oublie pour commencer que le problème essentiel de tout marché, la construction est un marché, est la solvabilité. L’offre n’existe que pour peu qu’il y ait une demande solvable. La commune peut certes par sa fiscalité propre, dans les limites de variation autorisées par la loi, dégager les financements nécessaires. Mais rien n’indique que les propriétaires de terrain jouent le jeu et offrent leur cou au couteau communal. Ils seront progressivement spoliés de leurs biens et on peut s’attendre à quelques recours. La seconde difficulté est que la promotion est un métier, qui demande la maîtrise de tous les leviers d’une opération. En fait c’est complexe et il n’est pas certain que les personnels soient pour l’instant formés à cette complexité. Ils le sont à d’autres aspects, mais pas nécessairement aux techniques de vente, nerf de la guerre de la construction. Pas de vente = pas de construction, parce que le problème est d’abord de trouver sur le marché des acquéreurs solvables pour décider d’une opération et en boucler le budget. La fixation des prix ne dépendrait plus de ce facteur, mais de la seule volonté communale, et c’est là le plus gros obstacle. La commune penserait pouvoir se passer complètement du marché, mais elle se retrouverait avec des logements sur les bras qu’elle ne pourrait que difficilement vendre à leur prix réel. Imaginez que vous vouliez investir dans un logement, si vous aviez à investir ? Pourquoi iriez-vous payer à la commune le prix fort alors que vous sauriez qu’en fonction de l’origine sociale et des moyens financiers les mêmes logements seraient bradés par l’intermédiaire de société d’HLM, au travers de prix de location ou d’accession à la propriété ? Accepteriez-vous de financer ainsi la politique communale ? Ce n’est pas certain, il est probable que vous viseriez d’autres lieux pour votre investissement où cette question ne se présenterait pas ainsi. Ce qui conduit à la contradiction essentielle qui naîtrait de cette pratique. Au bout du compte la commune aurait certes la maîtrise absolue de sa politique du logement, mais loin de réaliser la «mixité sociale» idéale, le tout tendrait vers une construction unique de logements sociaux. Il n’y aurait plus de marché, mais seulement une régulation obscure de l’attribution des logements. Mais s’il n’y a plus de marché, le financement par la vente disparaît. Le financement tendrait à être effectué exclusivement par l’impôt, et l’impôt s’essoufflerait.

L’ennui est que ce modèle n’a jamais fonctionné nulle part. En tuant le marché, la ville tuerait son devenir. L’idée de départ aurait été de réaliser la mixité sociale, poncif de tous les discours. Le résultat serait l’unicité sociale, le contraire du but initial. Au lieu d’une ville, un ghetto. Au lieu de l’abondance, la pénurie à terme.

La campagne silencieuse

Ce n’est pas une critique, mais une malheureuse constatation. Des milliers de candidats essayent dans toute la France de faire entendre leur voix. Pas un son n’atteint le pays. C’est tout juste s’il y a quelques billets dans les médias nationaux, trois fois rien, en fait. Un sondage récent a montré qu’une grande partie des électeurs ignorait totalement ce qui va se jouer lors des élections cantonales. C’est quoi un canton, au fait ? Ne posez surtout pas la question à votre voisin, il commencerait par vous révéler votre propre ignorance, si par extraordinaire il répondait, eh oui, c’est quoi au fait ?

Un lieu de pouvoir, un lieu de pouvoir local, qui s’appelle le département. Construction révolutionnaire qui n’en finit pas de hanter la scène politique, dans l’indifférence des électeurs. On pourrait multiplier les sujets, les questions, pour toujours finir par la confrontation au mur du désintérêt de nos concitoyens.

Dans ces conditions il faut dire et redire à tous les candidats, d’abord qu’on les remercie de se battre, souvent pour leurs idées, et aussi pour les autres, pour tous ceux qui ne leur manifesteront aucune, strictement aucune reconnaissance. Tout ira bien pour ceux qui seront élus, mais pour les autres, ceux qui ne le seront pas, rien n’ira plus. Alors pourquoi se présentent-ils ? Il y a certes l’ambition, qui n’est pas un défaut, mais ce n’est manifestement pas l’essentiel. L’essentiel est un cocktail qui diffère d’une personne à l’autre, et qui comporte cette part d’ambition qui est en fait une vertu, qui comporte encore une part de goût du risque ou d’esprit de compétition, ce qui est une autre vertu, et qui comprend enfin dans l’immense majorité des cas le désir d’être utile aux autres. L’opprobre qui frappe ces femmes et ces hommes qui ont le courage de se présenter devant les électeurs est profondément injuste. Ils méritent au contraire notre respect.

Nous sommes quand même quelques-uns à mesurer le sacrifice que ces campagnes demandent à ceux qui les font. Que la démocratie est belle quand on la regarde depuis ce côté obscur.