Où l’on reparle des frontaliers, des sous, et des dessous de la politique.

C’est maintenant devenu un enjeu électoral. Le vote frontalier, aucune formation n’a envie de se l’aliéner, même s’il reste faible en volume. Le souci premier à l’égard des frontaliers est de les encourager à voter, et ça ce n’est pas gagné. Mais une fois cette étape franchie les 60 000 frontaliers de Haute-Savoie, les 8000 d’Annemasse, s’ils votent, voteront d’abord pour la sauvegarde de leur intérêt. D’où les revirements qu’on observe dans les rangs des formations qui leur sont le plus hostiles, à commencer par le Parti Socialiste.

Mathelier, le chef départemental des roses, est monté récemment à Paris pour alerter les autorités de l’État sur le problème majeur de l’assurance maladie des frontaliers. Les socialistes retournent leur veste sur cette question, de peur d’en prendre une magistrale aux prochaines élections locales. Et c’est tant mieux. À la limite ce qui compte avant tout, c’est qu’une solution pragmatique soit trouvée pour régler la difficulté. Le mieux serait de ne rien changer à la situation actuelle qui permet aux frontaliers de s’assurer en maladie et accident auprès d’assureurs privés. Ce qui leur coûte moins cher que s’ils devaient être enrégimentés dans la Sécu française et payer des cotisations bien plus élevées, et proportionnelles à leurs revenus. L’enjeu est simple. Il faut espérer que la rationalité économique l’emportera sur l’idéologie.

L’idéologie, celle des socialistes justement, commande de passer tout le monde à la moulinette de la CMU, de sorte que la pompe à fric de l’inefficace sécurité sociale française puisse se refaire la cerise l’espace d’un week-end (ça n’apportera qu’une bouffée d’oxygène dans l’océan du gaspillage) en grappillant quelques sous dans la poche des frontaliers, tous «riches». Un bonheur pour les socialistes d’exterminer la vermine des «riches». La notion de riche dans l’imaginaire socialiste n’est pas fonction uniquement des revenus, mais aussi du statut. Par exemple un fonctionnaire, par définition, n’est jamais riche. L’opprobre ne peut être réservé qu’au secteur privé. Les frontaliers sont d’abord des suppôts du Satan libéral installé de l’autre côté de la frontière, avant même d’être des électeurs.

Reste donc que l’interdiction faite aux frontaliers de rester affiliés au delà de 2014 aux assurances maladie privées, moins chères que la Sécu française gérée à la mode du gaspillage généralisé par des cohortes syndiquées et inefficaces, si elle devait être maintenue, serait d’abord une catastrophe économique, tant pour eux que pour le reste de la région. Le plongeon économique allumera l’incendie électoral dans notre petit secteur. Et de ça les socialistes viennent de prendre conscience.

Il faut donc se féliciter que M Mathelier courre à Matignon, à Bercy, à Ploudemec. Fasse le ciel qu’il soit entendu, que les frontaliers soient entendus.