Le Nouveau Centre, quel avenir ?

Loïc Hervé, maire de Marnaz, militant du NC et auparavant de l’UDF avant sa transformation en groupuscule par Bayrou, qui avait fait le choix contestable de soutenir la candidature de ce dernier au premier tour et a appelé logiquement à voter Sarkozy au second, succède à Jean-Paul Amoudry à la tête de la fédération de Haute-Savoie, depuis samedi 30 juin 2012.

Jean-Paul Amoudry, Sénateur, a depuis cinq ans animé la formation du Nouveau Centre départemental, avec énergie, bon sens, et tolérance. Loïc Hervé conduira la formation centriste pour les prochains mois, et déploiera les talents d’organisateur dans le dynamisme qu’on lui connaît. Son excellente campagne pendant les dernières élections législatives, sans jamais la moindre vulgarité, dans la transparence et la tolérance, démontre ses qualités.

Le Nouveau Centre compte plus de 10 000 adhérents. Ce n’est pas une formation de masse, mais un parti politique qui a hérité et qui transmet l’ADN centriste. Notamment l’une des colonnes vertébrales qui font le squelette profond de tout centriste : l’attachement à l’Europe et plus encore, l’idée fédéraliste. Mais aussi l’idée reprise par d’autres de l’autonomie locale, qui s’est malheureusement traduite en France par une mosaïque invraisemblable de ploutocraties. Il n’en demeure pas moins que jointes à ces autres idées qui sont au principe du centrisme, de l’économie de marché d’un côté et de la protection sociale de l’autre, on retrouve en elles tous les marqueurs génétiques de la famille centriste.

Mais le centre échoue en permanence, d’élection en élection, et sauf l’embellie à l’époque giscardienne, le déclin est presque consubstantiel à l’idée centriste. La raison majeure est institutionnelle. Dans les institutions de la Ve République, il n’y a au bout du compte que deux camps. Le centre appartient à la droite parlementaire. C’est un centre droit, puisque notamment sur la question économique il ne peut s’allier avec les socialistes. Les dernières élections le démontrent encore s’il en était besoin. Il n’en irait autrement que si le parti socialiste évoluait vers la sociale-démocratie à l’allemande en bannissant les vieilles lunes marxistes. Sur une autre planète peut-être, mais pour l’heure ce n’est pas le cas. Le centre ne peut que rester à droite, l’égarement de Bayrou en apporte l’ultime démonstration.

Et à droite, le centre est réduit au mieux à une force d’appoint. Il pourrait toutefois se présenter demain une opportunité, paradoxalement fournie par l’importance du vote frontiste. Vote dont la droite doit tenir compte pour le futur et qui impose une recomposition de son offre politique si elle veut revenir aux affaires. Mais comment ne pas perdre sur l’essentiel tout en répondant à ce défi ? Une solution serait à trouver dans la droitisation de l’UMP, qui rejoindrait ainsi certaines des préoccupations frontistes de cet électorat, et qui laisserait de l’autre côté, l’aspiration à une autre formation, une grande formation qui naîtrait dans le sillage d’un tel bouleversement. Cette formation serait centriste, elle allierait le centre actuel et une partie de l’UMP, une large partie. Les deux branches se rejoindraient dans une grande fédération destinée à gouverner. Recomposition qui redonnerait au centre droit la représentativité qui est la sienne, mais que la bipolarisation corrode.