La communauté lémanique

Depuis le 28 juin dernier, et la signature sur un bateau au milieu du Léman par des autorités d’un côté, et des autorités de l’autre, bref par des autorités avec des autorités en présence des autorités, la coopération intralémanique est entrée dans une nouvelle phase. La version 2 d’un projet d’agglomération franco-valdo-genevoise, qui prévoit un investissement de 240 millions sur dix ans de nos
partenaires suisses, dans des opérations d’intérêt transfrontalier. Si tout se passe bien, mais les promesses d’investissement n’obligent en général que ceux qui les reçoivent.

Il faut comprendre l’effort déployé pour tenter de trouver un remède à l’absence de toute autorité supranationale qui soit en mesure de gérer un tel espace de 800 000 habitants. Si les Helvètes savent s’accommoder d’un pouvoir faible, les Français se sentent immédiatement esseulés si le pouvoir ne les écrase pas. Vu de la France masochiste un bon pouvoir est un pouvoir fort, qui écrase tout, qui dispense tout, qui ressemble au père Fouettard, violent certes, mais père avant tout. Les Français sont peut-être infantiles, mais ne connaissant rien d’autre du pouvoir que son fouet ou sa main qu’ils imaginent généreuse, parce qu’elle leur rend en grande pompe une partie de ce qu’elle leur a pris, et sont tout désemparés quand on leur explique qu’il n’y aura personne pour prendre de décisions. Les Helvètes eux, voyagent en première. Cet univers sans pouvoir lointain est leur milieu naturel.

Comment dès lors envisager sereinement la suite des efforts transfrontaliers pour créer une unité de vie, à l’échelle de toute une région. 800 000 habitants bientôt. Le chiffre interpelle. D’un côté la peur du vide, de l’autre celle du trop-plein.

Mais au-delà des divergences d’approche qui relèvent de la psychologie collective (vous savez la science qui dit que toutes les Anglaises sont rousses parce qu’il y en a deux qui sont sorties du ferry, et qui repose de ce fait sur les plus solides prédicats scientifiques), il y a pourtant une réalité intéressante. Les entreprises collectives n’ont pas besoin de tête et de gouvernement pour prospérer. Deux exemples : la Belgique et la France des IIIe et IVe Républiques. En France les «trente glorieuses» ont commencé sous la IVe, alors que les gouvernements se succédaient à un rythme suicidaire. En Belgique pendant un an il n’y a pas eu de gouvernement, et aucun suicide chez les syndicalistes ou les banquiers. Il n’est donc jamais nécessaire à l’économie , c’est-à-dire à l’échange, d’être enchâssée dans une organisation pyramidale pour prospérer. Mais dans les têtes jacobines une telle idée fait horreur. Or, le système social peut vivre sans son «élite» politique, même si la proposition inverse est incertaine.

Mais les 800 000 habitants, qu’ils le veuillent ou non, sont embarqués sur la même aventure sociale. De notre côté de la frontière, on craint qu’il n’y ait pas assez de gouvernance, de l’autre on s’en fout, et surtout on ne voudra rien faire de trop concret, encore moins donner réellement des sous. Un accord ectoplasmique est signé, sur un bateau, et avanti ! Il est possible qu’il échoue, mais ce n’est pas le scénario le plus probable. Le scénario le plus vraisemblable, et aussi le plus probable, est que la société transfrontalière survivra à tout échec institutionnel, et prospérera en fonction de son dynamisme propre, dans son environnement économique international. Mais si les sous arrivent pour favoriser le développement d’infrastructures ce sera tant mieux.

Une autre probabilité est que les Helvètes, les meilleurs négociateurs du monde, nous promettent de dépenser des sous si on commence par investir les nôtres. Par exemple en subventionnant un projet de tapis volants qu’ils nous proposeraient (destiné à remédier au problème endémique des transports). Surtout refuser…

PS : En fait les tapis volants n’existent toujours pas, mais la recherche se poursuit.

Vote sur la mosquée au conseil municipal du 10 juillet 2012

Vive la République !

 

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
en son article 10 proclame que :

 

«Nul ne doit être
inquiété́ pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne
trouble pas l’ordre public établi par la Loi
»

 

Ce texte fonde, depuis plus de 200 ans, cette liberté́ et
notre pacte républicain. C’est cela que chacun doit respecter ici, maintenant,
et demain.

 

 

La Déclaration des droits de l’homme appelle à la tolérance,
dès lors que les différences peuvent se vivre dans le respect mutuel. Le pacte
républicain et la paix civile qu’il procure sont des biens si précieux qu’il
nous faut les préserver comme la prunelle de nos yeux.

 

Leur ciment est la laïcité.

 

M. le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, à l’occasion de
l’inauguration d’une mosquée à Cergy, vendredi 6 juillet 2012,  a prononcé un discours dans lequel il a
déclaré :

 

«La laïcité́ protège.
Elle protège, d’abord, l’école. Elle est, de manière générale, la condition de
notre vie en collectivité́. Elle est aussi le principe qui garantit l’égalité́
entre les femmes et les hommes, partout, et aussi dans nos quartiers.

 

Jamais personne ne
doit être critiqué, menacé ou agressé pour ses croyances ou ses pratiques
religieuses
».

 

Tout républicain ne peut que se reconnaître dans ce
discours.

 

Manuel Valls ajoutait : «Encore
une fois, la République n’a pas à se prononcer sur le fait de croire ou de ne
pas croire. Elle laisse à chacun cette liberté́. Elle impose, toutefois, à
tous, de se retrouver dans un même idéal de citoyenneté́ qui implique le
respect des lois. C’est ce qui fait la singularité́ et la force de la France.
Et ce qui fait que son message est universel
».

 

Toutes les conséquences doivent être tirées de ces principes
qui opèrent une séparation entre l’espace privé, celui de la croyance et de la
pratique religieuse, et l’espace public marqué par la laïcité.

 

Puisque la République doit garantir à chacun la possibilité
de pratiquer la religion de son choix, les musulmans qui se trouvent en France,
et qui aspirent légitimement à pratiquer leur religion, doivent pouvoir trouver
des lieux dignes pour y vivre leur foi.

 

Le projet actuel s’inscrit donc ces principes et en cela
doit être approuvé. Je voterai en conséquence en sa faveur.

 

Et j’ajouterai une remarque. L’environnement choisi pour
réaliser ce lieu de culte présentera la difficulté de se situer au milieu d’une
bataille judiciaire déjà engagée par l’exploitant agricole qui bénéficiait
jusqu’il y à peu de temps d’un bail rural.

 

Il est malheureusement possible que la même partie conteste
tout permis de construire. Mais on peut imaginer que dans le futur, émergera de
ce conflit, un lieu de paix.

Le Nouveau Centre, quel avenir ?

Loïc Hervé, maire de Marnaz, militant du NC et auparavant de l’UDF avant sa transformation en groupuscule par Bayrou, qui avait fait le choix contestable de soutenir la candidature de ce dernier au premier tour et a appelé logiquement à voter Sarkozy au second, succède à Jean-Paul Amoudry à la tête de la fédération de Haute-Savoie, depuis samedi 30 juin 2012.

Jean-Paul Amoudry, Sénateur, a depuis cinq ans animé la formation du Nouveau Centre départemental, avec énergie, bon sens, et tolérance. Loïc Hervé conduira la formation centriste pour les prochains mois, et déploiera les talents d’organisateur dans le dynamisme qu’on lui connaît. Son excellente campagne pendant les dernières élections législatives, sans jamais la moindre vulgarité, dans la transparence et la tolérance, démontre ses qualités.

Le Nouveau Centre compte plus de 10 000 adhérents. Ce n’est pas une formation de masse, mais un parti politique qui a hérité et qui transmet l’ADN centriste. Notamment l’une des colonnes vertébrales qui font le squelette profond de tout centriste : l’attachement à l’Europe et plus encore, l’idée fédéraliste. Mais aussi l’idée reprise par d’autres de l’autonomie locale, qui s’est malheureusement traduite en France par une mosaïque invraisemblable de ploutocraties. Il n’en demeure pas moins que jointes à ces autres idées qui sont au principe du centrisme, de l’économie de marché d’un côté et de la protection sociale de l’autre, on retrouve en elles tous les marqueurs génétiques de la famille centriste.

Mais le centre échoue en permanence, d’élection en élection, et sauf l’embellie à l’époque giscardienne, le déclin est presque consubstantiel à l’idée centriste. La raison majeure est institutionnelle. Dans les institutions de la Ve République, il n’y a au bout du compte que deux camps. Le centre appartient à la droite parlementaire. C’est un centre droit, puisque notamment sur la question économique il ne peut s’allier avec les socialistes. Les dernières élections le démontrent encore s’il en était besoin. Il n’en irait autrement que si le parti socialiste évoluait vers la sociale-démocratie à l’allemande en bannissant les vieilles lunes marxistes. Sur une autre planète peut-être, mais pour l’heure ce n’est pas le cas. Le centre ne peut que rester à droite, l’égarement de Bayrou en apporte l’ultime démonstration.

Et à droite, le centre est réduit au mieux à une force d’appoint. Il pourrait toutefois se présenter demain une opportunité, paradoxalement fournie par l’importance du vote frontiste. Vote dont la droite doit tenir compte pour le futur et qui impose une recomposition de son offre politique si elle veut revenir aux affaires. Mais comment ne pas perdre sur l’essentiel tout en répondant à ce défi ? Une solution serait à trouver dans la droitisation de l’UMP, qui rejoindrait ainsi certaines des préoccupations frontistes de cet électorat, et qui laisserait de l’autre côté, l’aspiration à une autre formation, une grande formation qui naîtrait dans le sillage d’un tel bouleversement. Cette formation serait centriste, elle allierait le centre actuel et une partie de l’UMP, une large partie. Les deux branches se rejoindraient dans une grande fédération destinée à gouverner. Recomposition qui redonnerait au centre droit la représentativité qui est la sienne, mais que la bipolarisation corrode.