Rappel de la réalité : l’intolérance et ses ravages.

Intervention de Yves Pozzo di Borgo (Nouveau Centre) dans le débat
sur les violences à l’encontre des Chrétiens au Proche et au
Moyen-Orient au Conseil de l’Europe

Monsieur le Président, mes chers collègues

Je me félicite que notre Assemblée ait accepté la tenue de ce débat d’urgence. A mon sens, les persécutions dont sont victimes les Chrétiens d’Orient ne doivent pas être passées plus longtemps sous silence. Les attentats perpétrés contre la communauté chrétienne en 2010 ont été d’une rare violence. Bagdad et Alexandrie n’en sont que les deux principaux exemples.

Il y en a d’autres, comme l’interdiction d’une messe de Noël dans la partie nord de Chypre, que le Président de la commission des questions juridiques, M. Panicos Porgourides, a porté à notre connaissance. Il est clair que les islamistes radicaux ont pour but déclaré la destruction des valeurs occidentales et attaquent la communauté chrétienne dans cet objectif. Je m’inquiète aussi du sort réservé à de nombreux Chrétiens dans des pays d’Asie, même non musulmans – en Chine, par exemple. Si nous continuons à nous taire, nous risquerions de condamner ces populations, qui vivent pourtant sur les mêmes terres depuis des siècles, à la mort ou, tout au moins, à un exil certain.

En tant qu’acteurs politiques, il est de notre devoir de dénoncer la situation actuelle. Je me réjouis donc que le Conseil de l’Europe ait eu le courage de se saisir du sujet. Un courage dont ne semble pas faire preuve le Conseil de sécurité des Nations unies. A peine a-t-il publié une déclaration à la suite des attentats en Irak, mais il ne manifeste nullement l’intention d’adopter une résolution sur la question des Chrétiens d’Orient ou des minorités religieuses. Cette lâcheté à s’impliquer sur des sujets fondamentaux pour l’avenir de notre monde m’étonne d’autant plus de la part d’une organisation traditionnellement si prompte à condamner mon pays pour ses manquements aux droits de l’Homme. Comment expliquer que les Nations Unies fassent preuve d’une telle partialité ?

L’intérêt de notre débat d’urgence ne réside pas, en effet, dans la défense d’une communauté religieuse – la communauté chrétienne en l’occurrence – par rapport à une autre. Une telle position n’aurait aucun sens. En revanche, notre débat pose très clairement la question des conditions du « vivre ensemble » dans nos sociétés contemporaines. Il va donc bien au-delà de la défense des seuls Chrétiens dans une zone géographique donnée.
C’est cet enjeu du « vivre ensemble » qui fait toute la pertinence de notre débat au sein de notre Assemblée puisqu’il s’agit d’un défi auquel chacun de nos États, même loin de l’Orient, est confronté. Comment maintenir ou restaurer l’harmonie entre les différents groupes qui composent nos sociétés ? Comment pouvons-nous garantir l’intégration de la communauté musulmane en Europe ? A mon sens, la réponse est double. D’une part, il convient de défendre les valeurs d’égalité, de liberté et de tolérance afin de permettre aux différentes communautés non seulement de coexister pacifiquement, mais également de s’enrichir mutuellement par leur diversité. D’autre part, il importe de promouvoir le dialogue interreligieux. C’est au travers d’échanges nourris et constructifs entre les différentes instances religieuses que nous pourrons parvenir à prévenir les conflits. C’est pour cette raison que je suggère que nous invitions le Comité des Ministres à prendre l’initiative d’organiser un grand colloque réunissant l’ensemble des instances religieuses présentes dans le monde afin qu’ils puissent discuter ensemble des questions qui nous animent aujourd’hui. Si vous en êtes d’accord, je déposerai une proposition de résolution sur ce  sujet lors de la prochaine session.
Je vous remercie.