Quoi de neuf sur le front de l’agglomération ? Navigation sur le front de la novlangue et autres jargons, leur implication idéologique et politique;

Annemasse agglo veille. Vous pouvez être contents, elle
travaille, ses élus se réunissent, ils tiennent des colloques, ils écoutent les
exposés des techniciens, ils échangent des propos intelligents, ils posent des
questions pertinentes montrant qu’ils ont bien suivi la leçon. Les commissions
de l’agglomération bruissent de cette intense activité, transfrontalière, de
plus en plus savante.

La science pénètre partout les milliers de mètres carrés et les
couloirs des immeubles de l’agglomération, s’infiltre dans toutes les salles de
réunion, occupe tout leur volume, s’insinue clandestinement dans toutes les
têtes bien faites de vos élus à 
l’agglomération.

 

Mais au fait sur quoi travaillent les commissions?

 

Une commission travaille par exemple sur l’aménagement de
l’espace, dans une coordination transfrontalière avec Genève.

 

Pour ce faire elle organise des réunions de travail, produit
des documents, mandate des sociétés extérieures de conseil. Toutes ces sociétés
de conseil partagent avec les techniciens de l’agglomération le même discours,
emploient les mêmes mots,  manient
les mêmes concepts. Ces sociétés ne se retrouvent d’ailleurs pas par hasard
dans l’agglomération. Elles sont présentées aux élus qui les adoubent, par les services
techniques.

 

Tout est exprimé dans une novlangue qui ronronne dans toutes les réunions, qui a ses codes
ses sigles, et qui donne à ceux qui l’utilisent l’illusion de la
science. Molière se moquait de DIAFOIRUS, on peut réserver à nos novlanguistes
le même regard amusé.

 



In Commission aménagement Étoile 19 octobre 2010.

Ainsi dans ce récent document de travail d’octobre 2010, on
trouve cette merveille : « la
densification qualitative
». C’est beau, ça sonne bien! Une densification qualitative, ça vous en
bouche un coin. Ainsi va le monde. Il se densifie, mais pas n’importe comment,
ce n’est pas uniquement un bétonnage de la ville, c’est de la « densification – qualitative ». Rien
que ça. Si vous leur posez la question de savoir ce que veut dire exactement la
« densification qualitative », vous
apprenez aussitôt qu’il s’agit d’une densification de qualité. Mais alors, pourquoi donc dire qualitative ?

 

Parce que ça fait plus chic.

 

Ce n’est pas dramatique, mais inquiétant dans le domaine
politique. Parce que la langue, le jargon des Diafoirus compris, renvoie à un
système d’idées, une idéologie.

Or, toute cette novlangue est adoptée massivement par
l’ensemble des élus, sans aucune distance critique, si bien que pour finir elle
devient leur discours, et à ne pas en douter pénètre leur cerveau, irrigue
leurs pensées, gouverne enfin leurs actions politiques.

 

Les différents concepts véhiculés par ce discours sont
autant d’actes politiques en suspension qui se cristallisent et orientent l’action.

 

Une autre perle permet de le comprendre.

 

Cette seconde perle est : « la dureté foncière ». Mais qu’est-ce donc que la dureté
foncière ? La réponse donnée au cours de cette réunion a été : « c’est la résistance rencontrée par les
personnes publiques au cours des opérations d’urbanisme dans l’acquisition du
foncier
». Ce qui signifie en clair la résistance des propriétaires de
terrains à céder à première réquisition des collectivités publiques leurs
biens au prix fixé par cette dernière.

 

Pour bien comprendre en quoi cela consiste exactement il
faut prendre un exemple. Le mieux est de choisir un exemple extérieur à la
commune d’Annemasse (cela fâchera moins).

 

Dans une commune voisine, la commune a exercé son droit de
préemption à l’occasion de la vente d’une parcelle constructible de 2000 m²
pour un prix de 500 000 €. Exerçant son droit de préemption, elle a
offert 70 000 €. Le propriétaire n’a pas été d’accord, on peut le comprendre,
et l’affaire a été portée devant le juge de l’expropriation qui doit finalement
fixer le prix de ce terrain à bâtir. Ce juge de l’expropriation devra arbitrer
entre les 70 000 € proposés par la commune, et les 500 000 € du compromis
de vente.

 

C’est exactement cela qu’il faut entendre par « dureté foncière ». Ce qui dessine en
creux, comme dans un moule, l’empreinte d’une certaine idéologie.

C’est une idéologie néo-marxiste et anti libérale. Le marché
c’est le mal, et laisser un prix être fixé en fonction du marché c’est le mal
absolu.

La propriété c’est le vol,  et donc le fait pour un propriétaire de ne pas accepter
d’être spolié de la valeur du marché de son bien, constitue une « résistance », une « dureté » ce qui manifeste toute son illégitimité face à la
légitimité de la puissance publique.

C’est de la 
pure idéologie.

En adoptant ce vocabulaire chargé idéologiquement, les élus
de l’agglomération ne se rendent pas même compte qu’ils adhèrent par ce
fait  à l’idéologie néo-marxiste de
la gauche annemassienne, entourée de ses commis techniciens.

 

Ils font ainsi gagner le président de l’agglomération. Il
gagne même deux fois. Une première fois, il gagne en étant élu à leur tête, une
seconde fois il gagne idéologiquement en leur imposant le discours des services
techniques, qui participe de cette idéologie.

 

La victoire finale arrivera lorsque ces élus adopteront une ligne
politique marquée à gauche.

 

Dès lors, c’est tout leur électorat qui sera conduit dans
leur sillage dans les bras de la gauche. Derrière le discours il y a la
présidence de l’agglomération, derrière la présidence de l’agglomération il y a
les conseillers généraux et le député. Et derrière tout cela il y a les sièges
même desdits maires.

 

On a bien vu les dinosaures disparaître. Pourquoi ne verrait-on
pas disparaître les majorités de droite dans l’agglomération ?