Ce n’est pas parce que c’est l’été, que vous pouvez boire du rosé et prendre le volant, sans risquer la garde à vue,

Incroyable.

Vous pensiez que parce que c’était l’été, que les voitures ne brûlaient pas à Annemasse, du moins pas encore, que la gendarmerie n’avait pas été dévastée par des touristes en colère, vous pouviez boire un litre de rosé et partir tranquillement au volant de votre boiture, pardon, voiture.

Impossible d’avoir la tranquillité, et en prime le sourire de la commissaire. Si vous êtes pris, vous ne serez pas félicité, et vous serez placé en garde à vue.

Ce sera une punition, mais non une mesure d’enquête.

Il est temps de comprendre que la garde à vue est un dispositif dont l’explosion s’explique par la face cachée de l’édifice policier et judiciaire : c’est un instrument de pouvoir et non d’enquête.

Et pourtant la loi nous dit que la garde à vue ne peut être ordonnée que pour les nécessités de l’enquête.

Alors que bourré comme vous l’êtes,  au-delà du contrôle de votre haleine «caractéristique» par l’éthylomètre, l’enquête n’a pas besoin de Sherlock Holmes pour être bouclée, et vous par la même occasion.

C’est ce qui pose problème. On vous boucle, vous ne pouvez que la boucler, personne ne vous donnera la parole, vous serez condamné, piétiné, ré-éduqué, informé du danger public que vous êtes, et en hors-d’œuvre on vous aura collé en garde à vue, après vous avoir laissé dégriser pendant un temps qui se mesure comme celui que met le canon pour refroidir, dans le célèbre sketch du regretté Fernand Raynaud.

Même le maire d’Annemasse n’y pourra rien, c’est vous dire.

Alors, à quoi sert la garde à vue ?

La réalité est que ce dispositif est un instrument de pouvoir de l’institution policière, cautionné par l’institution judiciaire, c’est-à-dire un instrument de tout l’appareil répressif.

C’est pourquoi la loi n’est pas observée, sans d’ailleurs que les juges, en théorie protecteurs des libertés, ne s’en émeuvent, ni ne s’en indignent alors même qu’ils ont les moyens juridictionnels de sanctionner cet abus. C’est un abus, car l’immense majorité des gardes à vue ne sert strictement à rien en termes d’efficacité. Le personnage bourré que vous êtes le sait très bien. L’enquête est terminée avant d’avoir commencé. Vous avez commis une infraction, point à la ligne.

Mais la mesure n’est qu’apparemment inutile. Parce qu’au fond elle est au contraire extrêmement utile : si l’on comprend que c’est une mesure de terrorisation de la population, par la sombre menace qu’elle laisse planer sur chacun.

Et l’on ne peut objecter que seuls les méchants pourraient s’en plaindre. Non seulement en matière de circulation elle frappe quotidiennement, vous par exemple et vous n’êtes pas méchant, mais au-delà, pour un oui ou un non, à tout propos vous pouvez être placé en garde à vue, sous le plus petit prétexte, et c’est ce qui fait justement peur.

C’est donc un dispositif de pur pouvoir.

La mesure est punitive et humiliante. Vous déplaisez : pif ! garde à vue. Vous demandez que votre dignité soit respectée, dans la chaleur d’un commissariat obscur, ou d’une gendarmerie éloignée : paf ! garde à vue; on vous enlève votre ceinture, votre montre, votre stylo, votre canif, vos lacets, le dernier éditorial de M DUPESSEY dans le JIM, et même l’intervention de M RIGAUD au dernier conseil municipal (1). Un vrai malheur.

Sans ceinture et sans lacets, vous devenez ce que vous avez toujours été, un fragment des « humiliores », un humble parmi les humbles. C’est ça l’humiliation. Vous rendre à votre vraie humble nature, vous rabaisser. En vous rabaissant, l’appareil répressif se rehausse.

On pourrait penser la mesure inutile. Mais non, elle est infiniment utile, car elle manifeste la puissance de l’appareil répressif, policier et judiciaire. Son pouvoir s’exerce ainsi quotidiennement. Les lois veulent-elles diminuer son emprise ? Aussitôt la contre-mesure survient, le nombre des gardes à vue augmente. Cette augmentation suit trait pour trait l’avancée des droits du citoyen et le recul de l’arbitraire. Elle manifeste mieux que tout dispositif légal la persistance du pouvoir, et au contraire l’augmentation de sa capacité de contrainte.

Personne ne rit de la garde à vue. Tous en ont peur. Et sur cette peur, dans cet intervalle se niche le pouvoir. Le seul vrai pouvoir, le pouvoir de contrainte.

On ne sait pas ce que va décider le Conseil Constitutionnel saisi d’une question préalable. Peut-être va-t’il simplement décider que la loi est conforme à la constitution. Le souci est qu’elle n’est pas respectée.

Il faut (encore) détruire Carthage….

(1) Entre le moment où il avait terminé son jeu sur son Ipad et le moment où il en prenait un autre sur sa gameboy