L’économie et le discours : l’inaction et le verbe.

Je sens déjà tout le second étage de la mairie frémir. Il a raison. Encore une critique ! Mon Dieu, par où commencer ?

Par le commencement.

Au commencement était le verbe. C’était au temps des diligences, du jeu des mille francs, et de la lecture quotidienne du Capital de ce bon vieux Karl. C’était au temps de monsieur Borrel, l’homme aux 30 ans de mandat. Pendant 30 ans, rien. Plein de social, plein de sous dans les caisses grâce à l’essor des frontaliers et au miracle du Casino, Genève prospérait, Genève nous tirait et nous tire encore.

On cherche assez vainement les grandes réalisations de ce long règne. Il faut être juste. Il y a eu une maison de l’Économie, qui n’était même pas sa création. L’économie façon ANPE. Notre chef des édiles était trop cultivé pour méconnaître totalement cette dimension économique, mais on le sentait plus à l’aise dans le commerce des idées, que dans celui de la vente au détail. Et comme les décisions macro-économiques se prenaient, et se prennent encore, à un autre niveau que celui de la commune, il faut bien admettre que ce qui lui restait avant sa délégation à la communauté d’agglomération n’était pas folichon. En revanche, ces trente années ont été fertiles en discours, et en rapports, et en re-discours, en proclamations, et en re-re-discours.

En dehors du discours, où tout va toujours bien, sauf la faute au gouvernement, sauf la faute au système, il n’y a pas eu d’efforts particuliers en faveur du commerce du centre-ville, non plus qu’en faveur de l’industrie. Les deux ont déserté.

C’est la responsabilité du maire et de son équipe de créer les infrastructures nécessaires au développement économique. Deux exemples : les parkings et leur gestion d’une part, le très haut débit d’autre part. C’était il y a trente ans qu’il fallait faire au centre-ville des parkings souterrains.

Si des parkings avaient été créés il y a trente ans, d’une part ils seraient aujourd’hui amortis et constitueraient une ressource pour la ville, mais d’autre part ils auraient créé des habitudes d’accès aisé pour les consommateurs des périphéries françaises ou genevoises.

Et aujourd’hui aussi, une politique intelligente de l’usage des parkings, tous payants, pourrait parfaitement être poursuivie : la première demi-heure gratuite, autre exemple, permettrait indiscutablement de rétablir les flux au bénéfice du centre.

Quant au très haut débit, le constat est simple aussi : rien. Le désert. Or, c’est manifestement une nécessité.

Le bébé tout trempé de son immobilisme a été refilé à l’agglomération. C’est elle qui exerce désormais la compétence en matière économique. Le même verbe tente de s’y déployer, au risque de se dégrader en verbiage, dissimulant sous ses volutes captieuses le néant des réalisations. Les efforts restent à entreprendre.