Annemasse, l’antiville.

Mais pourquoi donc aimer Annemasse ?

C’est vrai qu’en dehors de ceux qui en sont natifs, une extrême minorité ici, dont l’âme est si imprégnée du paysage de leur enfance qu’ils crient Patrie lorsqu’ils y reviennent, le plus souvent nos autres contemporains, ni natifs ni habitants, restent assez circonspects, pour dire le moins, sur les qualités de son urbanisme. Trois récentes décennies de ratage s’ajoutant à au moins deux lointaines décennies d’erreurs majeures, en font difficilement un lieu de villégiature. Sauf pour l’office du tourisme, qui Dieu merci est aujourd’hui une dépense de l’agglomération, il ne vient à l’idée de personne de glorifier le paysage urbain de notre cité.

Et pourtant, cette antiville recèle un charme réel. Celui de l’artifice. Celui de l’à-peu-près, de l’anarchie. Celui de la ville frontière. Réminiscence inconsciente d’un Far West, où le mal bâti se conjuguerait avec le vite fait. Mais celui de la ville ouverte. Essai social à grande échelle d’une ville « d’immigrés », qu’ils soient de l’intérieur de l’hexagone ou d’horizons lointains. Annemasse est une ville de mélange, une ville sans histoire millénaire, et donc sans réflexes silencieux, sans structures cachées commandant la pesanteur sociale. Ici les riches sont souvent de nouveaux riches, leur culture est celle de la BMW, et la classe moyenne, maillée de frontaliers flambeurs plutôt qu’épargnants, est avant tout tournée vers la consommation. Annemasse désespère les professeurs. Tant mieux. Elle déconcerte les Genevois. Tant pis. Mais Annemasse porte en elle le flambeau de la vitalité.

Vitalité aujourd’hui étouffée. Par le mécanisme de la ZAC. Du mécanique plaqué sur du vivant, sauf qu’il ne fait pas rire. La ZAC c’est de l’ordre bureaucratique pur. C’est un urbanisme de Zone généré à coup de concepts, de séminaires, de pédanterie aigüe, de doctes pensées politiquement aussi correctes que la mode qui les dicte, c’est un univers sans sel, sans relief, sans goût, sans grâce. Un simulacre. Connaissez-vous depuis 50 ans, une seule ville nouvelle qui soit une réussite ? Une seule ZAC qui échappe à l’obsolescence rapide emportée par la mode qui change ? La mode qui emportera aussi les ZAC qu’on se prépare.

Alors que le génie de la ville est son artifice sans cesse renouvelé, il sera tué par la suffisance d’un discours qui oriente tous les choix. Il faut aimer Annemasse, et la débarrasser des planificateurs.

À partir de 18 h 30 le 24 septembre 2009, jusqu’à minuit, le conseil municipal et en plus c’est gratuit !



Vous pouvez venir nombreux, l’ordre du jour de la rentrée
pose des questions importantes, par exemple sur l’urbanisme. On se régalera à
entendre l’exposé qui ne manquera pas d’être fait à propos du recours dirigé
contre un permis de construire de la ZAC Chablais Gare (Parc pour ses intimes). 

Il y a d’autres sujets bien plus passionnants encore. Par exemple la piscine, ses fuites (en avant), ou l’extension de la mission d’une psychologue indispensable pour relever le moral des dames à qui ces salauds d’administrés parlent mal, etc.

On va encore rater 24 heures chrono à la télé. Déjà qu’on rate les feux de l’amour parce qu’on doit travailler, on peut se demander s’il ne faudrait pas programmer les conseils municipaux en  pleine nuit.

L’ordre du jour en fichier PDF, cliquez, imprimez, encadrez, et posez le au mur.



http://www.jp-benoist.fr/public/ordredujour240909.pdf

Le JIM dérape,

«Ensemble, citoyens, commerçants, propriétaires, nous menerons à bien ce projet car il est de l’intérêt général de notre ville et de l’agglomération.»

Le projet c’est le truc « Annemasse – machin », la ZAC infernale qui peine à démarrer.

L’article, c’est celui d’Annemasse Ensemble, la liste du maire. Il est publié dans le JIM de la rentrée, c’est-à-dire à dire dans le Journal Officiel de la Municipalité.

L’amusant, c’est le ton. Le ton déclamatoire, incantatoire, sur le modèle de « Aux armes citoyens ! » ou mieux  » debout les damnés de la terre ! ». Le rigolo c’est qu’un groupe politique ancré à gauche, dont les figures centrales ne perdent jamais une occasion de fustiger les vils propriétaires, sans même évoquer les commerçants, ne ratant jamais l’aubaine de les taxer plus, tente soudainement de se les rallier.

L’erreur, c’est la tentative maladroite pour discréditer les deux opposants au projet, et l’association qui le combat.

La technique mise en œuvre est celle de la grosse ficelle. Ils ne représenteraient «rien», nous dit le rédacteur, anonyme, du billet (il faut aimer ce courage), qui veut faire croire que nos socialeux locaux seraient les défenseurs du commerce et de la propriété !

Mais au fond si c’était vrai ? On sait déjà qu’ils défendent l’architecte de l’opération, génie universel, honnête phénix échappé d’une faillite, qu’ils défendent le promoteur, et en prime, les propriétaires. Si bien que l’opération immobilière avec ses milliers de m2 de surfaces commerciales répond en fait à une logique qui n’est plus celle de l’intérêt général, mais celle des gros sous d’intérêts très particuliers, badigeonnés d’intérêt général.

Aucune surprise dans ce maquillage. Il est de la même eau que celui qui consiste à baptiser « Parc », les millions de m3 de béton que nos édiles veulent voir couler.

Mirage du discours de la majorité municipale. Une fois dissipée la fumée, il restera le béton.

http://www.deezer.com/listen-2173221